Critique Vol.23 Demon Slayer – Manga

La bataille dans la forteresse infinie est terminée, et celle-ci a coûté la vie à de nombreux pourfendeurs, dont des Piliers. Le combat final contre Muzan se joue au cœur d’une ville, les guerriers encore en vie mettant toutes leurs forces dans un affrontement consistant à immobiliser le père de tous les démons jusqu’au lever du soleil. Dépassement leurs limites, Tanjiro, Zenitsu et Inosuke se jettent sur leur ennemi juré qui se voit poussé dans ses derniers retranchements…

Quelle expérience particulière de tenir entre ses mains le dernier tome de Demon Slayer, manga initialement proposé chez nous sous le charmant titre « Les Rôdeurs de la Nuit » et ayant connu un cuisant échec, avant de renaître sous son intitulé international « Demon Slayer » suite au succès mondial de l’adaptation animée. C’est la fin du voyage pour Tanjiro et les siens, mais aussi pour le lecteur et pour les éditions Panini qui jouent toutes leurs dernières cartes en ce mois de juillet 2022 : Sortie en tome simple, tome collector et coffret de l’ultime opus aux côté du deuxième character-book, nouvelle parution du premier volume avec une jaquette collector et publication en milieu de mois de l’artbook du manga… De quoi régaler les fans pour célébrer cette conclusion. L’éditeur en ferait-il trop ? Chacun sera juge, les grands gagnants de cette opération étant les collectionneurs qui auront de quoi enrichir leur bibliothèque.

Le combat décisif contre Muzan reprend et s’achève dans une dernière partie de rixe soumise à quelques rebondissements supplémentaires, tandis que le chef des mangeurs d’hommes doit jouer ses dernières cartes. Après avoir montré un antagoniste d’une violence inouïe dans sa véritable forme, simple mais monstrueuse, Koyoharu Gotôge illustre les derniers instants de l’ennemi de manière assez symbolique dans son ultime représentation, tout en implantant dans le récit les derniers développements permettant de saisir la psychologie du personnage. Une idée simple mais brillamment exécutée, c’est finalement ce qu’est Demon Slayer depuis son point de départ, un véritable fil conducteur artistique honoré jusqu’au bout.

Vient alors un dernier retournement de situation, un événement capable de chambouler le cours de la destinée des pourfendeurs, auquel vient se greffer l’inévitable et très forte notion d’amour. Dès lors, l’issue semble cousue de fil blanc, à moins d’un grand coup d’audace qui n’aurait que peu de sens à l’égard de tout ce que l’œuvre entreprend depuis ses débuts. De quoi ajouter un ultime pic d’intensité et éventuellement convaincre la part du lectorat peu convaincue par cette longue bataille finale qui, pourtant, n’a jamais manqué de piment, d’adrénaline, et de tragique. Car de nouveaux moments de larmes nous attendent, de joie comme de tristesse, tant la mangaka ne nous aura pas épargné en adieux jusqu’au bout de la bataille. S’il manquait parfois quelques fulgurances pour bien démontrer certains personnages, le tout reste fort et percutant.

Et après cet intense combat, on se rassure de voir que l’artiste prend le temps de dresser un épilogue afin de montre « l’après » des figures encore en vie, et même au-delà. Car l’idée de l’héritage et du passage de flambeau, présente depuis les débuts, se cristallise avec une fin qui confirme la destinée des personnages auxquels on s’est grandement attachés jusqu’à présent. La ficelle est simple mais, encore une fois, Koyoharu Gotôge l’utilise avec sens jusqu’au bout. Plus que sa simplicité, la conclusion de Demon Slayer restera en tête pour sa forte humanité, et l’ode à la vie que l’autrice transmet à son lectorat avant de boucler l’histoire de Tanjiro et les siens.

Difficile alors de fermer ce dernier tome sans une once d’émotion, Demon Slayer étant l’une des œuvres les plus marquantes de ces dernières années en terme d’effervescence et de succès. Chacun sera juge du manga et de sa formule, de son efficacité et de ses faiblesses, mais tout lecteur conquis par le titre jusqu’à présent ressortira difficilement indifférent de cette dernière lecture. Une fin globalement maîtrisée, sans temps mort, et d’une jolie sincérité. Maintenant, on espère retrouver Koyoharu Gotôge pour une prochaine œuvre, tant sa patte bien particulière nous manquera jusque-là.