Astérix, “Naruto”, prix Goncourt… tout comprendre du boom du livre en 2021

Le livre ne s’est jamais aussi bien porté qu’en 2021. L’institut GfK le confirme avec l’étude Consumer Pulse, rendue publique ce 8 février. Explications en chiffres et en lettres.

S’il fallait une preuve de plus de la bonne santé du livre, l’institut GfK l’a livré ce 8 février avec son étude Consumer Plus sur le marché des biens culturels en 2021. Rarement le livre aura connu pareille ivresse, et c’est tant mieux. L’année dernière, 399 millions de livres se sont vendus. C’est 17 % de plus qu’en 2020, une année atypique en raison des trois mois de confinement qui ont sérieusement perturbé la vente en librairie. Mais aussi 13 % de plus qu’en 2019, preuve que si on rapproche deux années comparables, la progression reste forte.

Plus de livres vendus, c’est bien entendu un chiffre d’affaires en hausse. Il progresse lui aussi de 17 % par rapport à 2020 (plus 14 % sur 2019). Loin de se cantonner au seul territoire français, ce boom du livre est observable dans tous les pays européens étudiés par GfK (Espagne, Pays-Bas, Suisse, Italie, Belgique) avec des taux de croissance compris entre 15 et 19 %. Pas besoin d’être grand clerc pour lier cette santé insolente à la pandémie de Covid-19 et à ses conséquences. Le livre s’est partout imposé comme une valeur refuge pour les lecteurs – notamment les plus gros – et a bénéficié de la fermeture temporaire d’un certain nombre d’autres lieux de culture. Cerise sur le gâteau, la vente de livre – et notamment de BD – a également été boostée en France par le lancement du pass Culture en mai dernier.

Après une telle année 2021, faut-il s’attendre à un ralentissement en 2022 ? L’institut GfK semble ne pas y croire, s’appuyant sur le fait que plus de trois Français sur quatre déclarent qu’ils liront plus ou autant en 2022. Les années électorales ont pourtant la réputation d’être mauvaises pour les libraires, à moins qu’après avoir été un refuge en temps de pandémie le livre ne le soit à nouveau si le médiocre spectacle de la campagne actuelle devait perdurer.

Un top 10 qui se décline par deux

Hasard des classements annuels, le top dix de 2021 se décline par deux. Deux BD. Avec pour la première fois un manga, Naruto (volume 1), en neuvième position (275 000 exemplaires vendus). Preuve, s’il en fallait encore, de l’explosion d’un genre qui réalise désormais à lui seul 40 % du chiffre d’affaires de la BD. Du jamais-vu. Mais pas de quoi ébranler l’inusable Astérix. À chaque nouvel album, la potion magique continue de fonctionner. Tradition respectée en 2021 avec Astérix et le Griffon, 39e album de la série, qui s’impose tout en haut de ce classement avec plus de 1,5 million d’exemplaires vendus, soit sensiblement le même résultat que l’album précédent, La Fille de Vercingétorix. Insubmersible, on vous dit.

Deux prix Goncourt. Parfois contesté, souvent critiqué, le prestigieux trophée littéraire n’en conserve pas moins une force de prescription intacte. Il le montre de façon spectaculaire en 2021, parvenant à faire figurer non pas un, mais deux lauréats dans le top 10 des meilleures ventes annuelles de livres, tous genres et tous formats confondus. La Plus Secrète Mémoire des hommes, de Mohamed Mbougar Sarr (éd. Philippe Rey), le Goncourt de l’année, y figure à la cinquième place, avec près de 400 000 exemplaires vendus, précédé, à la deuxième place, par L’Anomalie, d’Hervé Le Tellier (éd. Gallimard), l’inaltérable lauréat 2020, qui s’est vendu, lui, à quelque 500 000 exemplaires l’an dernier – lesquels s’ajoutent aux 450 000 exemplaires de l’automne précédent, pour faire de L’Anomalie l’un des prix Goncourt les plus vendus de l’histoire.

Deux essais. Et deux écrivains dissemblables au possible. Camille Kouchner qui, avec La familia grande, brise le tabou d’un inceste familial gardé sous silence pendant trente ans dans un poignant récit autobiographique. Et Éric Zemmour, polémiste devenu candidat d’extrême droite à la présidentielle qu’Albin Michel a préféré laissé tomber en dépit de ces scores de vente à six chiffres. La France n’a pas dit son dernier mot est le premier livre autoédité à se hisser dans le top 10 de ce classement. Avec 283 000 exemplaires vendus en 2021, il s’en adjuge la septième place, juste devant Camille Kouchner (272 000), mais ne parvient pas à rééditer les presque 500 000 exemplaires de son best-seller, Le Suicide français.

Deux Musso. Le romancier conserve haut la main son titre d’écrivain le plus lu de France. Comme chaque année, il classe son nouveau livre, L’Inconnue de la Seine, et celui sorti l’année précédente publié en format poche, La vie est un roman, dans le top 10 (et même le top 5) de ce classement. Insubmersible lui aussi.